Interview du mois d’Octobre 2008: Georges Bwelle

Georges - Lycee Leclerc 2008Com Lycee General Lecler 20TH: Bonjour Docteur Georges Bwelle, C’est par un heureux hasard que l’association des anciens du Lycée Général Leclerc LGL20TH est rentrée en possession d’un document parlant de vous et votre action au Cameroun

Georges Bwelle (GB): Oui, il faut un coup de pouce du destin parfois pour réaliser les choses utiles.

Com LGL20TH: En préambule, pouvez-vous nous dire qui est Georges Bwelle? Quel est votre parcours (l’homme d’abord et l’homme de science ensuite)?

GB: Je suis un jeune camerounais né dans une famille modeste à douala; ville dont je suis originaire. J’ai grandi avec mes quatres frères qui vivent en Europe, ma sœur, mes cousins et cousines ainsi que de façon intermittente les amis de mes frères. Dans cette ferveur familiale mes parents ont pu faire du timide enfant que j’étais, un médecin comme l’avais déjà prédit beaucoup de gens à ma naissance. J’ai fait mes études primaires à l’école primaires catholique St-Jean-Bosco sans particularités puis j’ai fais le secondaire au collège Alfred Saker ou j’ai obtenu le prix Belle Priso (qui encourage les élèves qui réussissent leurs parcours sans échec), ensuite j’ai fait deux années en Faculté de Sciences de l’Université de Yaoundé avant de réussir au concours du CUSS (actuelle Faculté de Médecine et Sciences Biomédicales de l’Université de Yaoundé I) grâce à mon ami Kingue Pensy Martin qui a tout fait pour que je participe à cet examen. Grâce à Dieu j’ai réussi sans faute ce parcours couronné par le diplôme de Médecin généraliste en février 2000. J’ai travaillé une année dans le service de Réanimation polyvalente du CHU de Yaoundé puis je me suis retrouvé au Centre Médical d’arrondissement de Bengbis ou j’ai travaillé comme Médecin Chef de Septembre 2001 à Septembre 2003.Durant ce mois de septembre 2003 j’ai présenté et réussi le concours de Spécialisation et la chirurgie, passion d’enfance, fut la discipline choisie. Formation que je continue jusqu’à ce jour marquée par un échec lors de ma deuxième année et d’un séjour de formation spécialisée en chirurgie digestive, thoracique et de transplantation à l’hôpital Erasme de Bruxelles sous le couvert d’une bourse de l’Université Libre de Bruxelles, débutée en Octobre 2007 et qui s’est achevée en Septembre 2008.

Com LGL20TH: Vous avez en effet fait votre formation académique (médecine au Cameroun). Pour être aujourd’hui en spécialisation en Belgique, quelles sont les différences structurelles que vous avez identifiées à ce jour entre les deux systèmes ?

GB: Les différences sont à la fois dans nos mentalités, technologiques et logistiques. Ici le compagnonnage est à la base de cette formation spécialisée ce qui facilite la diffusion des connaissances du milieu le plus concentré vers le milieu le moins concentré sans frustration. L’accès à internet ainsi qu’aux différentes bibliothèques (UP to date , pubmed, etc…) est facilitée mais aucun système n’est parfait car le notre aussi à l’avantage de te rendre rapidement apte à résoudre les problèmes. Je pense qu’on gagnerait à créer des passerelles entre les deux systèmes et ce sont les évènements comme ma venue en compagnie de 10 autres camarades qui aideront à améliorer ce que les premiers ont commencé chez nous.

Com LGL20TH: Comme vous le savez, ce qui en vous nous intéresse particulièrement, c’est cette aventure humaine, pour ne pas dire humanitaire dans laquelle vous vous êtes lancé depuis quelques années, identifiée sous le patronyme « ASCOVIME ». Quelle en est la genèse? Quelles en sont les motivations? Pouvez vous en faire une synthèse pour nos lecteurs?

GB: Mon père Dipita Motto James est tombé malade suite à un violent accident sur la voie publique alors qu je n’avais que 10 ans et il est pratiquement resté cloué au lit pendant 23 ans et malgré ça il a pu faire de moi un médecin et quant il a fallu que je m’occupe médicalement de lui il mourut en Avril 2002 en me disant « mon fils même si tu ne me guéris pas soignes néanmoins les autres et j’en serais ravi ». A ceci s’ajoute le fait que j’ai remarqué que mon parcours scolaire aura été assez bien et que ceci je le devais aussi à Dieu et que je pouvais accorder un peu de mon temps à mon prochain. Fort de ces deux raisons je commençais en tant qu’étudiant en médecine par organiser avec le Cercle des Etudiants en Médecine Originaires du Littoral ma première campagne de santé en 1997 mais le véritable départ fut lorsque je fus affecté à Bengbis ou j’ai été brutalement face à des personnes ayant d’important besoins. Je fis la connaissance des membres d’une jeune ONG espagnole ZERCA Y LEJOS qui étaient dans la même région et qui ont accepté de fournir gratuitement médicaments et matériel médical si j’acceptais de soigner gratuitement les plus nécessiteux. C’est ainsi que par cette action des milliers de personnes de Bengbis et environs continue jusqu’à ce jour de bénéficier de ce soutient ô combien important. L’envie de faire partager cette expérience réussie aux autres villages enclavés m’amena à créer un petit groupe avec un chirurgien américain nommé Bart Muhs. Il trouva super l’idée d’arpenter les pistes et de soigner gratuitement et en parla à son entourage.Ce qui me fits rencontrer un moteur essentiel de notre groupe M. William Swaney diplomate améericain en poste à Yaoundé qui ne ménage aucun effort pour la tenue de ces campagnes .Certaines personnes de bonne volonté ont décidé de nous soutenir comme Mrs et Mmes Anaba Mvogo,Bayaola B.,Mfoulou Ngoumou et Ebongue Makole Le désir ardent de pérenniser nos actions et surtout de les étendre partout ou besoin sera nous a conduit à nommer donc notre groupe « Association des Compétences pour une Vie Meilleure » car comme vous pouvez le noter il n’y a pas que des médecins autour de moi.

Com LGL20TH: La première interrogation qu’on a lorsqu’on prend connaissance de votre action, c’est de se demander d’où peut-il bien tirer cette force, cette conviction, cette énergie dans un pays où tous les signaux émis vont dans le sens de la recherches de paradis éphémères. Faut-il avoir une « hypertrophie des affects » pour soutenir une telle activité?

GB: Vous l’avez si bien dit des paradis éphémères moi je recherche à redonner le sourire, le courage et l’envie de se battre de nouveau. Il est vrai que la situation sociale de nos pays est particulière mais je demeure convaincu qu’en chacun de nous sommeille le bon et qu’il suffit de bien le rechercher pour le mettre en exergue et je rencontre des camerounais qui collaborent avec moi et qui sont prêt à continuer Comme je le dis souvent « Quel malheur d’avoir une vie heureuse, pétrie de richesses autour de ceux à qui il manque le minimum vital… Partageons pour soulager” Le réconfort et l’espoir créés par nos actions si minimes soient-elles nous incitent à continuer et surtout à explorer avec les parents les pistes nouvelles comme la scolarisation.

Com LGL20TH: Il apparaît que plusieurs personnes d’origines étrangères (Espagne, US, bientôt Belgique) vous assistent concrètement sur le terrain lors de vos campagnes. Ceci nous évoque également certaines situations en occident où il y a plus d’occidentaux que d’Africainse noirs dans les marches pour les sans-papiers. Vos frères camerounais ne ressentent-ils pas la même envie de se battre sur le terrain pour faire bouger les choses ? (Vos collègues médecins camerounais sur place par exemple)

GB: J’ai pris pour option de critiquer moins les comportements et agissements; pour l’instant les camerounais qui travaillent dans le projet avec moi sont très engagés et cela me redynamise. Le soutient sans faille de mon ami infirmier tchadien Bainamne Noel me montre qu’en fait les gens ont parfois besoin de se sentir dans certaines conditions pour fournir des prestations remarquables. Donc moi je continue à tendre la main à tous ceux qui veulent ce joindre à nous; la tâche est immense.

Com LGL20TH: Y a-t-il des situations rencontrées qui ont failli vous décourager dans votre combat?

GB: Pas de découragement possible mais j’ai vécu des situations difficiles comme être coincé avec l’équipe en route sans voiture; ne pas avoir suffisamment de matériel pour aider ou commencer une campagne. Mais la plus importante difficulté fut sans doute le fait de se voir refuser l’opportunité de travailler dans un village à cause des querelles politiques Je répète que nous sommes totalement apolitiques nous recherchons la santé de ceux qui sont pauvres et qui vivent en zone enclavées ainsi que la scolarisation de leurs enfants. Mais je ne pense pas être découragé car ceci est un projet de vie ou les échecs représentent un riche enseignement pour vivre le maximum de joies.

Com LGL20TH: Aujourd’hui que votre présence en occident pour votre spécialisation, vous rapproche de la diaspora Camerounaise, avez-vous réussi à sensibiliser cette communauté?

GB: Grace à la sœur d’une dentiste camerounaise qui travaille avec moi dans les villages nommé Josiane Carole j’ai pu faire un topo à 8 médecins camerounais qui ont accueilli le projet avec beaucoup d’enthousiasme. Je leur laisse le temps de réagir chacun selon ses sensibilités. Un ami médecin nommé Jean-Marc Kuitchoua a aussi accepté d’en discuter avec une association de médecin à Liège. Par ailleurs le Dr Bol Alima rencontré ici à Bruxelles ne ménage aucun effort pour accroitre cette sensibilisation Je loue aussi l’action de Pulcherie Mabo qui ne lésine aucun moyen pour attirer l’attention des camerounais qu’elle côtoie à Paris. J’ai aussi le soutien d’un couple camerounais dont l’épouse est médecin et le mari fort intéressé par la réussite de nos œuvres, je vous jure c’est fort encourageant Evidement beaucoup reste à faire, mais nous avançons lentement pour un travail sûr.

Com LGL20TH: Dans une récente missive, vous avez lancé une idée originale de participation aux financements de l’action de votre association. Pouvez-vous nous donner plus d’information sur cette opération de contribution permanente de « 10eur par mois » ? Et à qui s’adresse-t-elle?

GB: Bien sûr cet argent servira à acheter le matériel didactique, motiver les enseignants du primaire et assurer le salaire des cinq personnes que nous comptons utiliser à plein temps. Le reste des activités (campagne de santé , matériel médical, acquisition et entretien du matériel roulant etc…) continuera à être financer par d’autres bonnes volontés et autres organismes (ONG) Nous comptons trouver 100 personnes qui contribueronts permanemment, mais cela est très difficile Nous avons arrêté le montant à 10,- € parce que beaucoup de gens se plaignent d’avoir perdu d’importantes sommes d’argent dans ce genre d’affaires et nous, nous voulons minimiser leur perte si cela arrivait et aussi nous avons depuis le début fonctionner avec peu de moyens je pense qu’ il ne faudrait pas se précipiter à gérer les sommes colossales mais plutôt à relever le pari de réussir avec des moyens limités. En outre, 10,- € c’est un montant choisi pour pouvoir atteindre nos abjectifs mais quelques personnes ont supposé que cela excluait certaines personnes, qui sont disposées à participer. Raison pour laquelle nous avons décidé d’accepter tout montant supérieure ou égal à 3,- € ainsi au lieu qu’une personne parraine un enfant à 10,- € le mois, trois parents s’y mettront. Nous donnons la possibilité au donateur de suivre son don jusqu’à l’arrivée en lui faisant part du devenir de son don en plus il a la possibilité de l’orienter vers la santé ou l’éducation En plus pour toute mission nous sommes prêts à recevoir toute personne désireuse de s’enquérir de notre fonctionnement.

Com LGL20TH: Pouvez-vous nous rappeler le numéro compte, au cas où des bonnes volontés seraient prêtes à faire le pas à la lecture de cet échange?

GB: le numéro de compte en Belgique
Numéro: 000 3420835 33
IBAN: BE79 000 342983533
SWIFT: BPOTBEB1

Com LGL20TH: Quels sont vos rapports avec le ministère de la santé du Cameroun? Car votre action illustre quelque part les failles du système quant à la couverture en matière de soins de santé de base?

GB: Je suis un fonctionnaire et le MINSANTE est mon employeur. Le système de santé est bien conçu et devais favoriser la prise en charge adéquate d’une forte majorité de camerounais, mais malgré la baisse des prix des médicaments génériques et l’envoie massif des médecins en périphérie (dans les petits centre) la pauvreté et l’enclavement de certains villages justifient nos actes.

Com LGL20TH: Nos lecteurs sont de la même génération que vous et inéluctablement, ils se posent la question de savoir comment vous arrivez à intégrer cette activité chronophage et qui ne doit pas laisser psychologiquement de marbre, avec une vie de famille?

GB: Juste. Mais j’ai beaucoup de chance d’être entouré de personnes charmantes qui font tout pour que je sois au top pour donner le meilleur de moi et dès les prochaines campagnes je compte y aller avec ma première fille qui doits déjà apprendre à partager.

Com LGL20TH: Les personnes qui vous ont déjà rencontré sont assez marquées par une sensation de calme, sérénité et recul quasi permanent que vous semblezé avoir. Est-ce la caractéristique du chirurgien que vous êtes ? Votre nature profonde? Ou tout simplement le résultat de l’impact sur vous de cette activité humanitaire qui vous oblige à ne percevoir que l’essentiel en toutes circonstances?

GB: C’est certainement un mélange de tout ça. La finesse de vos analyses serait utile à ASCOVIME (rire). Je suis assez calme et discret ajouté à cela l’intransigeance du métier de chirurgien et les aléas de la vie on obtient ce que je suis aujourd’hui. Rassurez vous nous faisons aussi beaucoup la fête dans les villages afin de découvrir les habitudes culturelles des populations et de se détendre.

Com LGL20TH: Quel sentiment avez-vous lorsque vous êtes en face de ces populations rurales et surtout ces jeunes enfants atteints de ce qu’on pourrait qualifier de maladies liées à la pauvreté, l’enclavement et l’ignorance, dans un pays où les nouvelles quotidiennes font état de détournements de milliards de francs cfa qui auraient pu servir à améliorer et, dans certains cas, sauver la vie de ces populations?

GB: Au début j’étais frustré et revanchard mais aujourd’hui je me considère comme un acteur et que c’est mon rôle de sensibiliser d’éduquer et de protéger ceux qui souffrent car ceci leur permettra d’apprendre et de comprendre que le pays appartient à tout le monde et que notre esprit patriotique nous interdit ce genre d’actions. On se bat pour une autre race de camerounais et nous savons que cela est possible Parfois ceux qui détournent les milliards n’ont même pas souvent le temps d’en profiter Je pense pour ma part que pour s’améliorer dans ce domaine il faut éduquer les populations afin que tout le monde puisse comprendre les enjeux des décisions prises en haut lieu.

Com LGL20TH: Aux dernières nouvelles, il y a une campagne en cours de préparation et dont le départ est imminent. Pouvez-vous nous en donner le tracé et les détails?

GB: Oui la campagne de Meyomadjom dans le Sud Cameroun après Sangmelima qui se tiendra du 08/11/08 au 15/11/08 elle sera axée sur les soins de santé gratuits et la scolarisation des enfants du primaire. Elle sera prolongée dans les écoles primaires de Mboun et Ngobisong vers Bengbis dans le Sud En fin Février 2009 nous retournerons à Doukoula dans l’extrême-nord ou les actions similaires seront menées puis un village de l’Est en fin Mars 2009. Vous recevrez à coup sûr les informations inhérentes.

Com LGL20TH: Et si demain matin le Dr Georges Bwelle devenait aussi riche que Bill Gates, quelles seraient ses trois premières actions (surtout n’ayez pas honte de dire que vous allez vous acheter une grosse villa, car vos enfant le méritent …rire) ?

GB: – Améliorer mon espace vital ainsi que celui de ma famille en toute modestie car c’est là que
résident tous les membres occidentaux des expéditions
– Acquerir le matériel médical afin de monter un hôpital mobile
– Fournir aux enfants, enseignants et maïtres le matériel didactique nécessaire pour redynamiser
la qualité de l’enseignement dans les villages

Com LGL20TH: Pour finir, y a-t-il un message qui vous tient à cœur et que vous souhaitez transmettre à toutes les personnes susceptibles de lire cette interview?

GB: Le désir ardent de partager pour un avenir meilleur L’envie de continuer la sensibilisation auprès des proches.

Com LGL20TH: Merci au nom du groupe LGL20TH de nous avoir accordé cette interview.

GB: Merci aussi pour cette opportunité qui nous permet de nous faire connaitre
Mon mail : gbwelle@yahoo.fr
Tél.: (CAMER) :+237 99749485+237 99749485

Le groupe des anciens élèves du Lycée Général Leclerc de Yaoundé en abrégé LGL20TH
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